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Les zones humides sont sur les ondes de Fréquence Mistral
Pierre Gottardi, président de la FNE 04, et Vincent Duru, directeur de la Fédération de pêche du 04, étaient invités de l’émission À la bonne heure, animée par Tiffany de Fréquence Mistral, pour parler des zones humides. Vous pouvez réécouter l’émission sur leur site internet.
Zone humide, qui es-tu ?
C’était le 2 février 1971 qu’était signée la convention de Ramsar qui donnait pour la première fois un cadre de référence pour la préservation des zones humides remarquables à travers le monde. Mais les zones humides plus ordinaires ne sont pas moins estimables pour le rôle qu’elles jouent discrètement à grande échelle. Leur immense diversité de nature est aussi une grande diversité de fonctions (voir le cahier de l’eau numéro 8).
À l’interface des milieux terrestres et des milieux d’eaux vives, nous dit la Fédération, une faune et une flore remarquables, souvent uniques peuplent ces habitats imbibés d’eau. Mais au-delà du vivant, les zones humides sont des milieux remarquables pour les services écologiques dont les sociétés humaines bénéficient. Malheureusement l’histoire des zones humides a surtout retenu leurs inconvénients.
Quand on dit marais on pense moustiques et les bienfaits écologiques de la zone humide même sont oubliés à cause de ce pénible insecte. Elles permettent le stockage de l’eau, le relargage lent dans les nappes et cours d’eau, elles permettent l’épuration, ce qui est fort pratique pour nous lorsqu’elle est présente sur une aire de captage en bord de cours d’eau.
Hélas, le cohabitation n’a pas été favorable pour les zones humides, et les humains en payent le prix. Il y a des conflits d’usages, répond la Fédération, entre l’existence de la zone humide et la pression foncière ; comme les terrains sont plats, cela profite à des parcs commerciaux que les digues ou les canaux ne suffisent pas à protéger. Ces ouvrages entrent dans un héritage humain qui n’est pas encore compatible avec ces zones humides. FNE04 complète d’un autre exemple de cohabitation pas toujours heureuse ; on peut déduire des noms de certains quartiers, dits quartiers des paluds, que des zones humides s’y étendaient. Elles ont été aménagées avec des canaux pour drainer, et, comme les terrains sont plats, cela permet une agriculture.
Or, comme les canaux ont de l’eau constamment et que des poissons y viennent, ces milieux plaisent aux castors qui s’y établissent volontiers, ils y construisent des barrages ce qui a pour effet d’empêcher les canaux de drainer.
Des zones humides remarquables dans les Alpes
Dans le département montagneux des Alpes de Haute-Provence, on trouve des zones humides typiques de l’altitude et près de la Durance. Par exemple, en aval de moraines, ces débris de roches que charrient les glaciers dans leur fonte, des marais uniques peuvent s’étendre dans le creux des roches. Quant à la Durance et son style fluviale, avec ses tresses qui tournent et se retournent dans son lit, elle couvre et découvre des pans entiers de galets et d’iscles. Cette hydrologie particulière favorisait les plantes dites pionnières, caractérisées par un bois tendre, les essences de bois durs n’ayant pas le temps de s’implanter.
Dans un autre article, nous rappelions que la renaturation d’un milieu s’entend comme la restauration de sa fonction écologique. Un exemple emblématique de renaturation, mis en œuvre par le Parc du Verdon, est partagé par FNE04 car cette histoire montre nos rapports vis-à-vis des zones humides. Le Colostre était une rivière méandrée jusque dans les années 60, avant qu’une crue n’ait motivé des travaux de chenalisation pour lui imposer un cours rectiligne et sans méandres. Aménagée en un tel « toboggan », l’eau dévalait la rivière sans obstacle. Les terrains gagnés sur le cours d’eau ont servi de parcelles agricoles, alimentés par des canaux greffés sur le Colostre. Or c’est vers 2008 que le problème de l’état de sécheresse incite à trouver une solution, la plus naturelle ; et celle qui a été mise en œuvre reprend le style originel de la rivière, car ses méandres et ses pauses permettent de ralentir le flux d’eau, et donc de conserver l’humidité plus longtemps sur et, surtout, sous terre.
La Fédération complète en faisant remarquer que, avant la chenalisation du Colostre, on comptait huit espèces de poissons, réduites ensuite à une espèce, la truite, qui seule pouvait vivre dans un courant aussi fort. Rappelons qu’un sol humide est, paradoxalement, plus propice à retenir l’eau qu’un sol sec : « Le meilleur stockage de l’eau, c’est dans le sol » rappelle FNE04 ; ainsi les zones humides retiennent l’eau avant de la restituer, elles permettent de ralentir le flux global des pluies jusqu’à la mer.

En conclusion
Le bénéfice qu’on tirait de l’asséchement d’une zone humide l’emportait sur celui de la conserver, qu’il s’agisse d’une mise en culture ou de bâtir dessus. Mais tandis que le changement climatique va considérablement amoindrir les pluies mais augmenter leur intensité, les zones humides sont d’autant plus fragilisées que leur conquête s’est faite avec mégarde et vision écourtée. D’une part on les retrouve sur la trajectoire des crues d’un cours d’eau, ce qui expose les bâtiments construits là à des épisodes dommageables. D’autres part, l’appauvrissement de ces sols mènent à leur tassement et la perte de structure, ce qui ne facilite pas le stockage ni d’humidité ni de carbone. Mais des exemples nous montrent que l’on peut renaturer avec succès, et fréquemment les acteurs impliqués ont pensé à les documenter. La plupart des associations dans l’environnement proposent l’organisation de projections-débats pour parler de ces expériences qui montrent en films les personnes et leurs actions : « Il suffit de demander ».