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Bilan Congrès Mondial de la Nature

Alors que s’achève le Congrès Mondial de la Nature de l’UICN (Union Internationale de la Conservation de la Nature) à Marseille, l’heure est au bilan de ce sommet consacré à la préservation de la biodiversité. Parfois décrié, ce Congrès a permis des avancées positives : par les motions qui ont été adoptées, par le niveau d’échanges entre experts, par la visibilité donnée à ce sujet et la participation du public et des ONG, par la mobilisation de nombreux établissements publics, par l’engagement, au moins en paroles, de nouveaux acteurs, notamment les banques centrales, par la compréhension de la nécessaire combinaison entre protection de la biodiversité et lutte contre le dérèglement climatique. Mais le niveau de réponse politique à l’extrême urgence de la situation, une fois encore, est loin d’être à la hauteur des enjeux. Ce qui constitue la plus cruelle et la plus impactante des désillusions.

Espoir numéro 1 : merci Marseille ! 

Ce fut une grande première : le congrès était en partie ouvert au public avec notamment les Espaces Génération Nature, imposante zone de sensibilisation et d’éducation à l’écologie. Et les Marseillais ont répondu présent. 

Avec plus de 40 conférences et tables rondes, plus de 60 bénévoles mobilisés, 13 animations dont 8 permanentes sur les espaces Génération Nature, France Nature Environnement et ses associations se sont fortement mobilisées et ont contribué à la richesse des échanges, des présentations, des activités de découverte. Avec en face un public marseillais, notamment un large public scolaire, très à l’écoute, avide d’apprendre, de comprendre et de s’engager, parfaite illustration grandeur nature de ce que nous apprend la dernière livraison de l’étude de la Fondation Jean Jaurès Fractures Françaises : l’environnement arrive désormais tout en haut des préoccupations des Françaises et des Français. Après des décennies de mobilisation, de sensibilisation et d’alertes par les scientifiques et le monde associatif, la démonstration du niveau d’attente et de conscience de l’opinion a été faite.

Animation d’un jeu sur la coexistence entre l’homme et la nature

Espoir numéro 2 : des avancées sensibles à travers l’adoption de motions structurantes

Les motions, adoptées par l’assemblée des Membres, sont le mécanisme par lequel l’organisation influence les parties tierces – notamment les gouvernements et organisations intergouvernementales. Lors de ce Congrès, FNE a porté et soutenu 12 motions différentes qui toutes ont été adoptées. 

Notamment :

  • La motion « Réduire l’impact de l’industrie minière sur la biodiversité » vise à réduire les usages de matières premières rares et à impact fort, privilégier le recyclage et la réutilisation des matières premières dans tous les usages, renforcer l’encadrement juridique et technique de l’extraction des matières premières.
  • La motion « Lutter contre la déforestation importée » demande un encadrement réglementaire et fiscal des produits agricoles importés issus de la déforestation et l’utilisation de ces recettes fiscales pour soutenir les pratiques durables des agriculteurs des pays concernés.
  • La motion « Planification des espaces maritimes et conservation de la biodiversité » a pour ambition de permettre une planification des espaces maritimes permettant de préserver les hot spots de biodiversité en mer, en association avec les peuples autochtones. Elle demande aussi d’étudier les impacts cumulés des activités humaines sur ces zones et d’améliorer l’étude des milieux marins pour combler les manques de connaissances sur ces milieux.

« De nombreuses motions ont mis en avant des préconisations alliant les objectifs climatiques à la lutte contre l’effondrement de la biodiversité. D’autres traitent de sujets stratégiques comme l’extraction minière, la protection des forêts anciennes, la restauration des milieux marins. Beaucoup enfin insistent sur la nécessité de politiques de transition justes et solidaires au niveau mondial, ainsi que de la protection des droits des peuples autochtones » souligne Jean-David Abel, pilote du Réseau Biodiversité de France Nature Environnement et chef de la délégation de FNE au congrès de l’UICN.

Déception : des engagements politiques loin d’être à la hauteur des enjeux

En accueillant le congrès mondial de l’UICN, la France avait l’occasion de montrer la voie dans la préservation de la biodiversité et de l’environnement et de se placer en leader mondial sur ce sujet. Non seulement, l’occasion n’a pas été saisie mais les annonces du plus haut niveau n’ont été ni à la hauteur des enjeux ni assorties de moyens : la France continue de donner des leçons à tous sur les enjeux de biodiversité et de climat, mais reste largement dans l’incantation. Quelle distance entre les mots et les actes !

Si, au niveau local, des avancées encourageantes et significatives ont été accomplies avec notamment l’engagement des différentes associations d’élus locaux et de collectivités telles que les régions, à promouvoir et mettre en œuvre les Solutions Fondées sur la Nature aux côtés de France Nature Environnement, au niveau national, les annonces apparaissent très sensiblement en deçà de ce qui devrait être fait de toute urgence :  

  • Sur la question de la réduction de l’utilisation des pesticides en agriculture : le Président de la République s’est engagé à porter ce projet au niveau européen lors de la présidence française de l’UE l’an prochain. Mais celle-ci risque d’être très affaiblie par la concomitance avec la campagne électorale présidentielle française et les négociations sur la nouvelle PAC sont achevées.
  • Sur les zones marines protégées : si l’on ne peut que saluer la volonté de placer sous statut de protection forte 5 % de la Méditerranée d’ici 2027, il s’agit d’une promesse déjà formulée en 2019 et qui attend d’être concrétisée.
  • La question de la protection des cétacés et de réduction des captures accidentelles par la pêche dans les eaux françaises du Golfe de Gascogne n’a toujours pas trouvé de solution.
  • Enfin, la question des moyens, humains et financiers, nécessaires à la mise en œuvre effective de politiques de protection et de restauration de la biodiversité efficaces ne sont toujours pas au rendez-vous.  

« Nous attendions beaucoup de la France notamment sur les questions de protection des mers et des océans à l’occasion de ce sommet. Ce n’est pas un « One Ocean Summit » en décembre qui aidera la France à mieux respecter la réglementation européenne et française de protection de ses espaces et espèces marines. Que le Président de la République veuille sensibiliser au-delà de nos frontières, c’est bien, mais qu’il donne d’abord l’exemple, sinon à être totalement décrédibilisé… » estime Elodie Martinie-Cousty, pilote du réseau Océans Mers et Littoraux de France Nature Environnement.  

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